Voyage et rencontres


La 4°1 à Anvers!

Par les élèves de Mme Lombard

ANVERS OU ANTWERPEN : un port aux dimensions exceptionnelles.

Anvers est le deuxième plus grand port d'Europe. Sa taille équivaut à celle 20 000 stades de foot. En 2015, il a reçu 208 419 668 tonnes de marchandises, cela équivaut à 9 653 511 conteneurs (dont les dimensions sont 6mx2,4mx2,4m).

Dans le port il y a 900 entreprises qui travaillent ensemble pour que le port soit le plus fluide possible.

Il arrive 39 navires et 250 trains de marchandises par jour. C'est le premier port de l’UE pour les fruits et le café. D'ailleurs, la plupart des fruits et légumes que nous trouvons dans les supermarchés sont passés par Anvers !

Le plus grand navire accueilli dans le port est le MSC ZOE qui faisait 400m de long et transportait 19 224 conteneurs.

Le musée de la RED STAR LINE

Le Red star line est un des rares musées sur l'émigration. Fondée en 1873, cette compagnie maritime a vu ses activités chuter en 1934 et s'arrêter complètement en 1935.

C'était une compagnie privée proposant à ses utilisateurs l'hôtel, le billet de train, et surtout le billet pour traverser l'Atlantique. A l'époque un billet pour traverser l'Atlantique coûtait 1000€ soit 75 jours d'économie pour un paysan. Avant de partir, les personnes devaient prendre une douche durant une heure. Leurs vêtements étaient stérilisés dans de grandes cuves.

Ensuite ils faisaient un test devant le médecin : s’ils avaient un trachome, le choléra ou le typhus, ils étaient refoulés et ne pouvaient plus partir. Il arrivait que des familles soient séparées. Les personnes qui voulaient rejoindre l’Amérique subissaient la même opération de « vérification » de leur état de santé, une fois arrivées sur place (à New-York sur Ellis island, par exemple).

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Rencontre: David Foenkinos

(Propos recueillis par Emma.B)

Lundi 14 novembre, le lycée a eu l’incroyable chance de recevoir l’écrivain David Foenkinos ! Alors pour ceux qui vivraient dans une grotte elle-même à l’intérieur d’une grotte ou pour les hermétiques du livre, David Foenkinos est l’auteur de plusieurs ouvrages à succès dont le plus célèbre, fut récompensé par le prix Goncourt des lycéens en 2014. Et c’est justement qui fut l’objet principal de notre discussion avec l’auteur. Petite rétrospective de cette rencontre...

Pourquoi avoir estimé important de faire connaître Charlotte Salomon au public ?

David Foenkinos (DF) - Au delà du projet d’écrire un livre sur cette femme, j’étais animé d’une obsession qui m’envahissait totalement. J’étais désespéré à l’idée qu’elle aie été complètement oubliée et que peu de gens connaissent son œuvre. Et c’est vrai que c’est un livre sur la vie de Charlotte Salomon; tout ce qui est dans le livre est vrai: c’est sa vraie biographie qui a demandé beaucoup d’enquêtes. C’est quelqu’un qui à un moment donné est au bord du désespoir, au bord de la folie, au bord de la perte intime et elle va transformer tout cela en une source de création. Quand on voit ses tableaux, on est fasciné par les couleurs, l’inventivité, l’humour, la culture. Elle m’a à la fois bouleversé et émerveillé. L’obsession a souvent une connotation négative alors que je trouve qu’il n’y a rien de plus beau que d’être envahi par quelqu’un d’aussi brillant que Charlotte Salomon. Adolescent souvent je détestais quand quelqu’un aimait le même chanteur que moi par exemple, c’était quelque chose, c’était à moi. Avec Charlotte j’ai eu le sentiment exactement inverse ; j’avais envie de Charlotiser tout le monde. Dès que je croisais quelqu’un je lui parlais de Charlotte.

«Je n’ai jamais rien fait avec autant d’intensité

Je rêvais que les jeunes découvrent Charlotte Salomon. L’adolescence, c’est une période où on peut être traversé par des idées sombres et Charlotte, je trouvais qu’elle était un exemple de lumière. C'est en apprenant de son expérience, l'expérience d'une femme qui a vécu, que l'on peut nous-même trouver de quoi survivre en nous.

Est-ce que c’est parce Charlotte était une juive allemande ayant subit l’oppression nazie que vous vous êtes intéressé à elle ?

DF - Le fait que l’histoire de Charlotte soit celle d’une juive de par ses origines et que ça englobe le nazisme, ça m’a parasité dans mon écriture. Je n’avais pas envie d’écrire un livre sur la seconde guerre mondiale, ou sur l’oppression des juifs en Allemagne… C’était lié à la vie de Charlotte, je suis tombé devant l’œuvre de Charlotte qui m’a fascinée, j’avais jamais vu des tableaux comme ça. Quand on voit ces tableaux on voit directement qu’elle faisait partie de cette Allemagne laïque, totalement intégrée, donc pour elle le judaïsme n’existe pas, c’est quelque chose qui ne lui parle même pas. J’ai du mal à l’associer avec une religion, moi je vois une femme, je vois une artiste, je vois un génie de la peinture, je vois quelqu’un qui me touche...

Si Charlotte revenait à la vie que voudriez vous lui dire ?

DF- J’ai mis 10 ans à écrire ce que j’avais envie de lui dire. Que je l’admire, que je l’aime, elle l’a comprise... Enfin vous l’avez compris dans le livre.

Vous avez dit avoir été fasciné par les peintures de Charlotte, or des psychologues expliquent que souvent lorsque l’on apprécie une peinture c’est parce que l’on y retrouve quelque chose de soi même...

Alors, C’est une très belle question... Je m’en suis rendu compte bien après... Je veux dire ça m’a pas fait écho directement; j’ai pas de suicide dans ma famille, j’ai pas de déportés... Enfin j’étais attiré par l’Allemagne mais...

Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais cette attirance, c’est comme quand on est amoureux, on ne comprend pas toujours pourquoi on a une attirance pour cette personne. Je me suis rendu compte bien après, qu’effectivement ça faisait écho à la chose la plus importante de ma vie, qui est que lorsque j’avais 16 ans, j’ai été gravement malade, j’ai été opéré du cœur, j’ai passé des mois à l’hôpital... Quand je suis sorti j’étais une autre personne. J’ai frôlé la mort; j’ai connu la mort, j’en suis revenu et ça m’a rendu optimiste puis joyeux, j’ai eu un rapport différent à la vie, je me suis mis à jouer de la guitare, j’ai fait une école de jazz, j’ai aimé la peinture, j’ai aimé la sensualité, j’ai aimé les femmes différemment.

«Charlotte est une force noire, qui fascine»

Si on lit les théories d’Alfred, qui lui s’était caché sous un corps pendant la première guerre mondiale et qui avait vécu pendant un an comme prostré. Et il ne parle que de ça, de l’idée d’aller dans les enfers, d’aller dans la mort et de revenir. Son histoire d’amour avec Alfred est incroyable. Elle est obsédée par lui et c’est très beau, puisque imaginez vous, c’est une jeune femme qui a tout quitté, elle n’a plus aucun contact, pas de photo et elle va se mettre à dessiner cet homme qu’elle aime pour le faire exister sous ses yeux.

Et elle même Charlotte porte le nom de sa tante qui s’est suicidée, la mort hante en permanence sa vie et son œuvre. C’est pour ça que j’ai commencé le livre comme ça: "Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe". Mais j’ai tout fait pour que ce ne soit pas un livre macabre mais un livre porté par l’optimisme, par l’idée qu’on peut survivre et que la deuxième fois, c’est encore plus fort, encore plus beau.

J’ai compris que cette idée de survie, de deuxième vie, c’est exactement le coeur du projet artistique de Charlotte Salomon, Vie ? ou Théâtre ? Elle commence cette œuvre au moment où elle est au bord du suicide, au bord de la folie, elle a vécu tellement d’humiliations, tellement d’horreurs... Au moment où elle est au fond du gouffre, elle va transformer ça en une source de vie, de lumière... Et ça, ça m’a énormément parlé, évidement.

Enfin... le mystère absolu des deux polonais a été élucidé !

Dans la plupart de vos livres on retrouve... deux polonais... alors on se pose tous la question... POURQUOI ?

En fait c’est une histoire assez marrante, j’ai commencé à écrire à 16, 17ans, j’écrivais sans jamais penser à ce qu’il y aurait après... J’écrivais des lettres, des petits textes que j’osais faire lire à personne... Et puis quand j'ai eu 25 ans, j’ai écrit un roman, et y’avait deux polonais dedans... Et six mois après j’étais publié chez Gallimard. Alors je me suis dit: C’est pas possible, c’est grâce aux deux polonais ! Et je me suis dit: Maintenant, je ne publierai plus un livre sans la présence de deux polonais !

Pensez-vous avoir été influencé par d’autres auteurs ?

Mes livres ont une voix propre, quand tu ouvres un de mes livres, tu sais que tu es avec moi. Cette identité propre c’est ce qui est nécessaire à la création d’un univers romanesque et c’est ce qu’on demande à un écrivain d’avoir. Donc je ne dirais pas qu’en ce moment je sois sous l’influence ou dans la continuité vraiment d’autres écrivains. Quand j’étais jeune, j’ai lu beaucoup Albert Cohen, Philip Roth, Romain Gary, Dostoïesky. Mes premiers romans ont été beaucoup influencés par des auteurs comme Gombrowicz, Robert Walser... Surtout des écrivains de l’Est, des pays de l’Est, avec ce sens de grotesque, avec cette énergie.

Un immense merci encore à l’auteur David Foenkinos pour cette rencontre qui restera dans la mémoire de chacun; pour son humour, sa bonne humeur et son partage !

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Ci-dessous: La rencontre a été l'occasion de dédicaces, pour le plus grand bonheur des élèves de première (à gauche).

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